Monthly Archive for avril, 2007

Mur du çon.

« Un film musclé et réaliste ». « Il se déroule dans une « effroyable dictature policière » et est « un miroir à peine déformant de l’occident. Cuaron développe un discours rageur et saisissant contre les politiques actuelles de lutte contre l’immigration. C’est pourtant nous dit-il parmi ces hommes niés, pourchassés, expulsés, que se trouvent le ferment de l’avenir« .
Cécile Mury dans Télérama à propos du film l’odysée de l’espèce.

La classe ouvrière enfin remplacée comme horizon ultime!…

Indigènes

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La critique de Télérama, caractéristique de l’accueil reçu par le film: « Etre français, c’est quoi ? Etre un « bougnoule » et être prêt à mourir pour la France, par exemple. Cette vérité, il a fallu du temps pour la dire. Elle correspond à une page d’histoire occultée que Rachid Bouchareb (l’auteur de Little Sénégal) exhume et brandit au grand jour dans un beau geste de dignité retrouvée. La réalité est donc celle-là : ce ne sont pas moins de 130 000 « indigènes » d’Afrique du Nord et d’Afrique noire qui ont combattu, souvent aux premières lignes, pour libérer l’Europe du joug nazi. Bouchareb honore leur mémoire et c’est déjà beaucoup.

La caméra suit quatre hommes venus du Maroc ou d’Algérie, qui s’engagent en 1943 pour sauver la « mère patrie ». Quatre hommes aux parcours et aux motivations différents, encadrés par un sergent pied-noir, l’ambivalent Martinez (Bernard Blancan). Il y a Yassir (Samy Naceri), mercenaire entêté en sandales qui n’hésite pas à détrousser les cadavres ; Saïd (Jamel Debbouze), un grand enfant qui quitte les jupons de sa mère pour devenir un homme ; Messaoud (Roschdy Zem), un amoureux de la France qui veut fuir la misère de son pays ; et Abdelkader (Sami Bouajila), le plus instruit, tout jeune gradé assoiffé de revanche sociale.
Voilà pour la psychologie différentielle, certes sommaire, mais qu’importe puisque au fond ce sont leurs similitudes, leur sort commun de chair à canon qui priment ici. En Italie, en Provence puis dans les Vosges, ces « indigènes » qui parlent arabe entre eux vont devoir se battre doublement, en se montrant parfois plus français que les Français. C’est une guerre dans la guerre que filme Bouchareb, en pointant notamment certaines différences de traitement injustes (repas, permissions, pensions…). Mais cet aspect de réquisitoire, non dépourvu d’effets démonstratifs, ne doit pas faire oublier qu’Indigènes est aussi et peut-être surtout un film de guerre réaliste et poignant, une sorte de Soldat Ryan à la française.

Pas si fréquentes en effet ces scènes de bataille, manœuvres d’envergure ou combats isolés, mises en scène avec efficacité et sobriété. Les balles sifflent, les corps s’écroulent ou sautent, déchiquetés. Le réalisateur filme au plus près des soldats, de leur frayeur et de leur violence. Nul héroïsme ici, mais simplement des hommes qu’on a oubliés, des tirailleurs d’autant plus courageux que déracinés.
Rien ne symbolise mieux leur lutte forcenée que le dernier tiers du film, de loin le plus intense. L’action se resserre sur une unité de temps et de lieu. Seuls survivants de leur bataillon décimé, les quatre et leur sergent gravement blessé atteignent un village isolé d’Alsace, à la lisière de la forêt. Ils s’y installent pour défendre la position. Malgré la présence de quelques habitants terrés là, le coin tient du village fantôme. L’atmosphère fébrile d’attente, de menace suspendue n’est pas sans rappeler Les Sept Mercenaires ou même le roman de Julien Gracq Un balcon en forêt. On ne dira rien de la fin sinon qu’elle contribue à la force émotionnelle de la fresque, justement et audacieusement récompensée par un prix d’interprétation masculine décerné aux cinq acteurs.

Indigènes tombe enfin à pic dans le contexte de débat national autour de l’intégration. La sagesse de Bouchareb est de vouloir éclairer tout un pan d’histoire en cherchant moins à accuser qu’à pacifier. D’où aussi des plages d’accalmie ou de recueillement qui ponctuent à bon escient l’histoire. Ainsi, cette maison silencieuse, typiquement alsacienne, où l’on entend juste le balancier d’une horloge. Deux soldats maghrébins harassés avalent la soupe fumante apportée par une vieille ménagère. Belle séquence à l’image du film : ni plus ni moins que la remise en cause, en douceur, d’une image d’Epinal. »

Jacques Morice Télérama n° 2959 – 30 Septembre 2006

Commentaire personnel: Je ne suis pas sur que ce film « tombe à pic et qu’il éclaire tout un pan de l’histoire. » Tout en vous le recommandant comme un bon film d’action, je vous met en garde sur sa prétention à dire l’histoire. Sur trois points au moinsles commentaires, interviews qui entourent le film lla déforme assez sensiblement:

  • Les officiers français du film sont tous des salauds et des planqués.Les pieds noirs sont absents (le seul personnage qui a ce statut est né de mère algérienne). Ce que dit l’histoire, c’est que le % de pertes parmi les officiers et les pieds noirs a été supérieur à celui des troupes indigènes.
  • Les troupes coloniales ont libéré la France: La participation des troupes de l’empire a souvent été admirable (Prise de Monte Casino par exemple). Elle ne doit faire oublier ni le rôle premier des alliés (Américains, Anglais, Canadiens surtout), ni le rôle des métropolitains (30000 résistants en opération pour la seule Bretagne en Juin et juillet 1944). L’idée d’une créance à recouvrir est malsaine: on n’hérite pas des actes héroiques de ses parents, on ne peut s’approprier ces actes sous pretexte que leurs auteurs ont la même origine ethnique que soi. Les droits qu’on possède sont personnels, lié (ou non) au statut de citoyen, ils ne constituent pas un patrimoine.
  • Doit-on pour rétablir « une mémoire oubliée » (par qui?) détruire la mémoire d’autres communautés (ici celle des pieds noirs, des résistants métropolitains). Ceci dit le projet exposé par le réalisateur reste louable: associer les enfants d’immigrés, eux-mêmes nés Français, à la mémoire nationale. Mais la formule souvent entendue: « nos grands parents ont libéré la France, nos parents l’ont reconstruite et nous? » est un racourci audacieux et en grande partie faux historiquement (Dans les années 50, période de la reconstruction, la main d’oeuvre immigré n’excède pas 2 à 3% de la population active).
  • Sur le traitement raciste des troupes coloniales voir le film d’animation de Rachid Bouchareb: L’ami y’a bon.
  • Sur les dangers pour une société de se construire sur le ressentiment, cet extrait de l’éditorial de Philippe Val dans Charlie Hebdo (Mercredi 1° novembre 2006): « On ne batit pas l’avenir sur des sentiments d’humiliation. On se bat contre les injustices, et l’on demande des réparations tant que les spoliés ou leurs enfants sont encore en vie. Et puis on prend le présent pour ce qu’il est, et l’on essaye de le rendre vivable. Honnêtement, sans haine, sans piquer dans la caisse du passé de quoi transformer l’avenir en cauchemard ».

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catastrophisme éclairé.

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Extrait du livre de Jean-Pierre Dupuy, Pour un catastrophisme éclairé, quand l’impossible est certain, Seuil 2002.

« J’ai, dans les années soixante-dix, travaillé avec Illich à une critique de ce type, dont l’objectif, précisément, était de mettre en évidence la contreproductivité des grandes institutions de nos sociétés : école, médecine, transports, etc.(1) . La radicalité de la critique s’accompagnait de dérision, qui était, à l’époque, une arme efficace. Elle fait aujourd’hui long feu : une société qui tremble pour l’avenir de ses enfants ne sait plus rire des travers qui l’accablent. Je reviens ici sur un élément de cette critique qui, bien que périphérique, me semble illustrer parfaitement la distinction que je viens d’établir : l’esprit du détour peut devenir un obstacle majeur à la mise en oeuvre de la rationalité instrumentale. J’ai, à l’époque, procédé avec mon équipe à des calculs bizarres mais rigoureux (2), qui ont conduit aux résultats suivants : le Français moyen consacrait plus de quatre heures par jour à sa voiture, soit qu’il se déplaçât d’un point à un autre dans son habitacle, soit qu’il la bichonnât de ses propres mains, soit, surtout, qu’il travaillât dans des usines ou des bureaux afin d’obtenir les ressources nécessaires à son acquisition, à son usage et à son entretien. Revenant récemment sur les données que nous avions rassemblées pour faire ce calcul, j’en suis venu à la conclusion que la situation présente est sans doute pire que celle d’il y a vingt ans (3). Si l’on divise le nombre moyen de kilomètres parcourus, tous types de trajets confondus, par cette durée (ou « temps généralisé »), on obtient quelque chose de l’ordre d’une vitesse. Cette vitesse, que nous avons nommée «généralisée », est d’environ sept kilomètres à l’heure, un peu plus grande, donc, que la vélocité d’un homme au pas, mais sensiblement inférieure à celle d’un vélocipédiste (4). J’ai qualifié de « bizarre » le calcul en question. Il convient cependant de noter qu’il relève de la même problématique que les calculs auxquels procèdent les ingénieurs-économistes lorsque, devant comparer, par exemple, les avantages nets respectifs de deux modes de transport, ils établissent des « coûts généralisés » qui font intervenir une « valeur du temps ». Celle-ci étant en général calée sur le salaire horaire, le temps généralisé que nous avons calculé n’est autre que le coût généralisé des ingénieurs-économistes divisé par la valeur du temps. Au lieu de convertir les durées en unités monétaires, nous avons converti les coûts en unités de temps. Le résultat obtenu, arithmétiquement, signifie ceci : le Français moyen, privé de sa voiture, donc, supposons-le, libéré de la nécessité de travailler de longues heures pour se la payer, consacrerait moins de « temps généralisé » au transport s’il faisait tous ses déplacements présents à bicyclette — nous disons bien : tous ses déplacements, non seulement ceux qui lui font quotidiennement franchir l’espace qui sépare son domicile de son travail, mais aussi ceux qui, le week-end, le conduisent à sa distante maison de campagne et, les vacances venues, vers les rivages dorés d’une lointaine riviera. Ce scénario « alternatif » serait jugé par tous absurde, intolérable. Et cependant, il économiserait du temps, de l’énergie et des ressources rares, et il serait doux à ce que nous nommons l’environnement. Où done est la différence qui fait que, dans un cas, l’absurdité de la situation est patente, alors qu’elle reste masquée dans l’autre ? Car enfin, est-il moins comique de travailler une bonne partie de son temps pour se payer les moyens de se rendre à son travail ?

(1) Cf. Ivan Illich, Énergie et Équité. 2e éd.. Paris. Éd. du Seuil, coll. « Techno-critique », 1975 ; avec une annexe de J.-P. Dupuy, « A la recherche du temps gagné ».

(2) J’ai bien peur de n’avoir été, dans tout cela, que celui qui « mettait Illich en équations ». Là où celui-ci s’en tenait obstinément au langage religieux, je recourais non moins obstinément à la logique et aux mécanismes. Je m’en explique dans l’« Introduction » à mon Ordres et Désordres, Paris, Éd. chi Seuil, 1982.

(3) Jean-Pierre Dupuy, « Le Travail contreproductif », Le Monde de économie, 15 octobre 1996.

(4) La comparaison. pour être juste, exige que l’on prenne en compte non pas la vitesse moyenne effective de la bicyclette, mais bien sa vitesse généralisée. Cependant, le coût d’acquisition et les coûts d’usage et d’entretien de ce moyen de déplacement étant des plus modestes, la différence entre les cieux grandeurs est minime.

Article sur l’auteur J. P. Dupuy sur le site Wikipédia.

Un compte rendu du livre sur le blog Cercamon, idiot utile.

effondrement.jpgSur un thème voisin le livre plus facile d’accès de Jared Diamond, Effondrement, traduction française, Gallimard, 2006. L’auteur, biologiste et géographe, étudie le scénario de l’effondrement de plusieurs sociétés anciennes (ile de Pâque, Groenland Wiking, Mayas,…) et cherche à en comprendre les points communs.

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La France est un pays qui pense. J’aimerais vous dire: Assez pensé maintenant, retroussons nos manches.— Christine Lagarde, Le Monde, 12 juillet 2007

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