Monthly Archive for août, 2007

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Les temps modernes , n° 637-638-639, mars-juin 2006.

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Présentation sur le site France diplomatie: Créés en octobre 1945 par Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, Les Temps modernes demeurent la plus prestigieuse des revues françaises de rang international. Avec ses numéros ordinaires, ses dossiers et numéros spéciaux, la revue a largement couvert le champ de la culture et de la politique de ce demi-siècle, ne déméritant pas du beau nom que Sartre et Simone de Beauvoir avaient voulu pour elle. À l’embrasser d’un seul regard, la collection entière des Temps Modernes est impressionnante ; si on la consulte, elle représente à l’évidence un patrimoine unique par sa richesse et sa diversité ; on prend conscience en même temps, au fil des pages et des années, que nous sommes demeurés fidèles aux choix constitutifs de ses créateurs et que notre ligne, s’agissant du fondamental, n’a pas fléchi. Numéro après numéro, dossier après dossier, la revue n’a pas cessé de s’approfondir et de s’améliorer, délimitant et marquant de plus en plus clairement le territoire unique qu’elle occupe dans la politique et la culture de gauche en France. La quantité et la qualité des manuscrits que nous recevons avec les lettres qui les accompagnent témoignent que Les Temps Modernes sont plus que jamais dans ce pays un lieu d’accueil privilégié de débat, de combat, pour tous ceux qui ne s’accommodent pas des consensus à la mode et pensent que la tâche de déchiffrement du monde, que nous n’avons jamais cessé de faire nôtre, implique en même temps engagement et résistance.

L’ensemble de ce gros n° (768 pages!) est consacré à l’éducation nationale les faits et les mythes. Je propose demain un compte-rendu de l’un de ces articles qui peut éclairer certains problèmes actuels dans l’école.

Des “marcheurs” de 1983 aux “émeutiers de 2005″. Deux générations sociales d’enfants d’immigrés.

Stéphane Beaud et Olivier Masclet.

Comparant la génération des “marcheurs pour l’égalité” de 1983 et la” génération des émeutes” de 2005 les auteurs y voient “une clé d’interprétation des transformations qui affectent depuis 20 ans l’univers des jeunes des milieux populaires”. Ils voient dans la marche de 1983 un “évènement dateur” qui constitue une génération politique. Cette génération, pour l’essentiel composée d’Algériens, exprime un désir de reconnaissance. Elle naît au moment où l’espoir du retour disparaît et revendique une place à part entière dans la société française. Elle se tourne tout naturellement vers la gauche (les jeunes marcheurs sont reçus à l’Elysée par F. Mitterrand)

La seconde plus hétérogène s’est constituée au cours des années 90. Cette “génération des cités” rejette la politique. Elle naît dans un climat de suspicion (montée du FN, remaniements du code de la nationalité) qui oppose les “Français de papier” aux “Français de souche”. Les émeutes dans les quartiers à partir de 1990-1991 constituent pour les auteurs “un tournant dans les relations entre ces jeunes et la police”. Le maintien de l’ordre devient une priorité dans les discours et dans l’action policière. Les rapports sociaux cessent d’être lus comme un rapport de classe et se racialisent.

Les auteurs reprennent l’expression de “génération sacrifiée” à partir de trois critères : 1° Cette génération est entrée dans la “compétition scolaire” (80% d’une classe d’âge au baccalauréat) sans y être préparée. 2° Une forte inégalité de résultats entre garçons et filles: “Il n’y a pas d’avenir objectif pour les garçons sortis précocement de l’école, sans qualification professionnelle”.3° Ils ont grandi dans des cités qui se sont prolétarisées (cf. article précédent).

La part des ouvriers qualifiés s’est fortement réduite, le niveau bas est souvent requis par les employeurs parce qu’il est un indice de polyvalence potentielle. Les garçons des cités sont dépourvus de savoir faire relationnel, incapables de garder leur calme, de faire preuve de “self control”. Il leur est impossible de compenser sur le marché du travail les insuffisances de leur formation initiale comme le pouvaient les jeunes des milieux populaires pendant les trente glorieuses.

La socialisation de ces jeunes se fait donc aujourd’hui dans des quartiers “ghettoïsés”. La population est loin d’y être homogène car y voisinent plusieurs générations d’immigrés. Les familles algériennes sont devenues minoritaires. Le nombre de familles turques, marocaines, africaines augmente. La politique de regroupement des organismes de logement social favorise les clans, les affrontements ethniques. Beaucoup de familles sont monoparentales. Les garçons grandissent donc dans un cadre très différent de celui de la génération des “Beurs”. Une culture de rue, “une insularité culturelle” où les jeunes supportent mal le regard des adultes. L’Islam devient alors un “moyen de se requalifier symboliquement”. Il séduit aussi les lycéens des sections scientifiques et les étudiants menacés de déclassement”. Des jeunes filles revendiquent le port du voile, “symbole de leur liberté de culte”. Pour d’autre “il s’agit d’un retour forcé à la religion sous la pression des “entrepreneurs d’Islam” et aux formes d’intimidation sexuelle des garçons”.

Les premières enquêtes statistiques sur les émeutes de novembre 2005 indiquent qu’elle se développent dans les ZUS où les familles nombreuses, monoparentales, originaires de l’Afrique subsaharienne sont surreprésentées. Les auteurs concluent en indiquant que si la génération des Beurs, élevée dans le projet de retour, éprouvait des sentiments ambivalents entre rejet et identification, la génération suivante n’a pas d’autre perspective que la société française qui “lui adresse en permanence une fin de non-recevoir”. Ils portent une appréciation plus positive que l’auteur précédent sur l’appel des indigènes de la république qui “tend à rigidifier les “origines” comme principe majeur d’identification des identités”, mais “oblige à ne plus se voiler la face sur l’ensemble des processus qui, depuis deux décennies au moins, stigmatisent et infériorisent les jeunes d’origine immigée, contribuant grandement à ce que, en retour, ils ne se construisent plus socialement qu’en tant qu’Arabes ou Noirs”.

Stéphane Baud est professeur à l’Université de Nantes et Olivier Masclet à l’université Paris V – Sorbonne.

Une (très) rapide présentation de l’école des Annales sur Wikipedia

Présentation de la revue sue le site de l’EHESS.

Une partie des anciens n° est disponible sur le site Persée

Stéphane Beaud est l’auteur de trois livres remarquables :

pays de malheur Pays de malheur, éditions la découverte, 2005 : “« Cher monsieur, je me permets de vous écrire pour vous remercier. J’ai terminé votre enquête 80 % au bac. C’est un livre qui m’a à la fois ému (j’ai souvent eu les larmes aux yeux) et mis en colère (contre moi-même). C’est incroyable à quel point les vies que vous avez décrites ressemblent à la mienne… »

Le livre dont il est question : 80% d’une classe d’âge au bac … et après?, éditions la découverte, 2003.

baccalaureat

et enfin: émeutes urbaines, violence sociale, Seuil, 2003.

emeutes

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“Legendo atque scribendo vitam procudito” (C’est en lisant et en écrivant qu’on forge sa vie comme du fer).— Varron

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Lectures

  • Claude Lanzmann, Le lièvre de Patagonie, Gallimard, 2009.
    13 février 2012 | 01:47

    Le directeur des Temps modernes et le réalisateur de Shoah raconte sa vie, du jeune juif résistant à Clermont Ferrand, au vieux pontife, gardien de l’héritage de Simone et jean-Paul, en passant par le visiteur curieux de la Corée du Nord et de la Chine maoiste. peut être un meilleur moyen de réviser son bac [...]

  • Marzi, Onze jours et onze nuits, Spirou n°3731.
    13 février 2012 | 01:47

    L’hebdomadaire Spirou poursuit la publication de Marzi de Marzena Sowa et Sylvain Savoia. Il s’agit d’un réçit autobiographique, évoquant les dernières années du communisme en Pologne, à travers le regard d’une fillette. Par le dessin et le thème, cette bande dessinée rappelle évidemment la série Persépolis de Marjane Satrapi. Le dernier réçit publié, Onze jours [...]

  • Tony Judt, Postwar, a history of Europe since 1945, 2007, Pimilco.
    13 février 2012 | 01:47

    Une superbe histoire de l’Europe depuis la fin de la seconde guerre mondiale par Le professeur Tony Judt, né en 1948, ayant fait ses études à Cambridge et à l’Ecole normale supérieure à Paris. Il a enseigné à Cambridge, Oxford, Berkeley et à l’université de New York , où il occupe actuelement la chaire de “Professor of European [...]

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