DIALOGUE AVEC L’HISTOIRE :LE FILM « ENNEMI INTIME » ET LA GUERRE D’ALGERIE.

 

  • Quelques mots de contexte : Comment est –on arrivé à la violence décrite dans le film ?

Les revendications indépendantistes des Algériens sont anciennes, elles s’imprègnent des idéaux proclamés par les colonisateurs dont les Algériens sont exclus (liberté, égalité….) : ils ne sont d’abord que des « sujets français » avec  entre 1881 et 1944, un code de l’indigénat (justice spéciale, corvées, obligation de signaler leurs déplacements….). Puis, après les réformes de 1947, les Algériens deviennent « citoyens »  mais de seconde zone puisque, dans l’Assemblée algérienne alors créée, on a autant de colons français (qui sont environ 1 Million) que d’Algériens (qui eux sont 9 Millions !). Il existe aussi des inégalités  sociales  entre certains colons et Algériens, notamment dans les campagnes  (900 000 ha, les plus riches,  livrés aux colons lors de la conquête sur 4 Millions de biens communaux algériens).  Pourtant,  les Algériens ont été largement sollicités pendant les deux guerres mondiales pour se battre aux côtés de français. Ils ont par exemple largement participé à la victoire de Monte Cassino en Italie. Ils ont donc un profond sentiment d’injustice.  Après la seconde guerre mondiale, les revendications des Algériens ne sont pas réellement prises en compte. Cet aveuglement  des gouvernements français (successifs) durcit les positions des Algériens et renforce le courant favorable à une lutte armée, au détriment des courants réformistes. Ainsi, en 1954 est proclamé la création d’un Front de Libération Nationale (FLN) pour l’indépendance et sont lancées les premiers attentats contre des Français (1er Novembre, la « toussaint rouge »). A partir de là, un fossé se creuse entre les Algériens du FLN qui multiplient les actions et les Français d’Algérie, qui poussent le gouvernement à être de plus en plus ferme.  Celui-ci  envoie de plus en plus d’appelés en Algérie (2 Millions de soldats dont 1,7 Million d’appelés entre 1955 et 1962), sollicite de plus en plus de   Harkis (engagés algériens dans l’armée français, pour des motifs divers)  et vote en 1956 les pouvoirs spéciaux sur les questions algériennes (justice expéditive, pleins pouvoirs du gouvernement pour mener les opérations en Algérie…). Le cycle infernal de la violence est lancé. Le gouvernement français cherche une victoire militaire et laisse l’armée conduire les opérations, avec des méthodes  allant jusqu’à la torture. C’est cette situation que l’on trouve dans le film. De son côté le  FLN multiplie les attentats, fait pression – y compris par la violence – sur la population algérienne pour qu’elle lui livre de l’argent, du ravitaillement, exécute ceux qui ont aidé les Français. On semble avoir atteint un point de non retour.  En 1959, année où se situe l’action du  film, la violence est toujours extrême. En juillet, le gouvernement de De Gaulle (appelé au pouvoir en mai 58 après la pression des français d’Algérie) poursuit le plan « Challe » et  décide de l’opération « jumelles » avec 20 000 hommes, opération  qu’il qualifie de « pacification » des campagnes en Kabylie. En réalité il s’agit de couper les villages, lieux de ravitaillement  (parfois forcés) du FLN  des combattants algériens. On envoie donc l’armée pour contrôler ces zones, on détruit certains villages et on en regroupe les habitants dans des camps (1 rural sur 3 soit 2 millions de personnes sont ainsi déplacées). On crée aussi des zones interdites à la population. Pourtant, politiquement, De Gaulle a quelque peu changé ses positions : en septembre, il propose le principe de l’autodétermination du peuple algérien qui devrait choisir, par référendum,  entre la sécession, la francisation  et l’association avec la France. Cela ne calme cependant en rien les opérations militaires car, même en cas de retrait de la France, ce qu’elle n’envisage pas pour l’heure,  celle-ci devrait être en position de force pour négocier. De plus les Algériens ne sont pas satisfaits de cette proposition. 

  • Quelle est la suite du conflit ?

Ce n’est que le 4 novembre 1960 que l’idée de « république algérienne » est énoncée par De Gaulle. En  avril 61, des négociations officielles s’ouvrent, aboutissant aux accords d’Evian en 1962. L’indépendance est proclamée en juillet 62.Mais lorsqu’ils sentent que la position de De Gaulle a basculé, les colons français, jusqu’au-boutistes,  cherchent  à empêcher le processus de négociation (tentative de putsch en 1961, attentats contre de Gaulle, poursuite de la lutte contre les Algériens…), ce qui rend impossible toute cohabitation après l’indépendance. Ils doivent alors partir en France. Le bilan  de cette guerre est lourd : probablement autour de 250 000 morts (225 000 algériens, 5 000 Français d’Algérie, 22 500 Français de métropole, mais les chiffres sont encore discutés entre historiens) et une blessure profonde dans les relations entre les deux peuples.  

  • Pourquoi aborder aujourd’hui l’histoire de la guerre d’Algérie, y compris par le cinéma « grand public »  et comment l’aborder ?

La population française , dans sa diversité, a une forte revendication mémorielle, qui ne doit pas mener à une guerre des mémoires entre descendants de colons, de harkis ou d’indépendantistes algériens, ce qui prolongerait les blessures du passé. Pour construire une mémoire commune, socle indispensable à une citoyenneté commune, l’histoire, dans toute sa complexité, doit être faite, sans manichéisme, sans passion, sans complaisance. Longtemps, on a tu ou falsifié cette histoire de part et d’autre de la Méditerranée : ce n’est qu’en 1995 qu’on reconnaît officiellement en France la notion de « guerre d’Algérie », jusqu’alors niée – on évoquait les « évènements d’Algérie ». En Algérie, les exactions du FLN, au pouvoir depuis l’indépendance, étaient gommées. Or de telles attitudes  ne peuvent qu’attiser les rancœurs, voire les haines. Aujourd’hui de nombreux historiens, français comme algériens, travaillent sur cette question, parfois ensemble, (comme Benjamin Stora et Mohammed Harbi) avec la distance nécessaire. Dépassionner le passé, sans  nier les blessures des uns et des autres, sans nier la légitimité d’une révolte contre la violence du  fait colonial, (contrairement à ce qu’a tenté d’affirmer l’article 4 de la loi du 23 février 2005)  ne peut qu’aider à pacifier le présent. Le film « l’ennemi intime » participe de cet effort car il montre cette période dans toute  sa complexité. 

  • Le film « ennemi intime » : repères

Synopsis : Algérie, Juin 1959. Terrien, un lieutenant idéaliste, prend le commandement d’une section de l’armée française. C’est là qu’il rencontre le sergent Dougnac, un militaire désabusé. Leurs différences et les horreurs de la guerre auxquelles ils sont confrontés vont rapidement mettre à l’épreuve les deux hommes. Au milieu d’une guerre qui ne dit pas son nom, ils vont découvrir qu’ils n’ont comme pire ennemi qu’eux-mêmes.

Fiche technique

Distribution

Les motivations des principaux initiateurs de ce film.

(extraits de http://www.allocine.fr/film/anecdote_gen_cfilm=111536.html, à consulter pour plus de renseignements, ainsi que http://www.lennemi-intime-lefilm.fr/home.html, site officiel du film) 

L’idée de L’Ennemi intime est partie d’une rencontre, lors d’un déjeuner, entre Benoît Magimel et le documentariste Patrick Rotman. L’acteur se souvient : “Je lui ai confié mon désir de faire un film sur la Guerre d’Algérie. Bien que n’ayant aucun lien personnel avec ce conflit, j’ai toujours été intrigué par son côté mystérieux et par les résonances très fortes qu’il suscite encore aujourd’hui. Patrick a ouvert de grands yeux et m’a expliqué à quel point ce sujet le passionnait depuis des années.”
Le réalisateur poursuit : “A l’époque, je travaillais sur un nouveau documentaire sur la Guerre d’Algérie qui s’appelait déjà “L’Ennemi intime”. Après l’avoir visionné, Benoît a été encore plus désireux de faire ce film.”
Ce dernier reprend : “J’en ai rapidement parlé à Florent Emilio Siri. Je ne l’ai pas seulement fait parce que nous sommes amis, mais parce que c’est un des meilleurs réalisateurs que je connaisse et que j’étais convaincu que sa sensibilité et sa virtuosité technique seraient parfaites pour maîtriser le fond et la forme. Il avait toujours eu envie de faire un film sur

la Guerre d’Algérie. J’ai donc organisé une rencontre entre Florent et Patrick.”

  La motivation de Florent-Emilio Siri  : Plus qu’un film de guerre, Florent Emilio Siri voulait réaliser un film sur la guerre. “Je souhaitais qu’il dépasse le cadre de la guerre d’Algérie, que ce soit un plaidoyer contre la guerre en général, explique-t-il. En resserrant sur les hommes, on accède à l’universel. A l’échelle humaine, toutes les guerres sont des gâchis énormes. C’est la seule vérité que l’on puisse retirer. Même si le cinéma est un art de divertissement, il est des films nécessaires comme celui-là. Je crois qu’au travers d’un film de guerre, on peut aborder des thèmes très profonds et peut-être aider, parce que je crois en l’humain, à faire évoluer les consciences et empêcher que de pareilles horreurs ne se reproduisent.”
Le réalisateur poursuit : “Pour moi, l’idée du film se résumait dans son très beau titre. Dans cette guerre, le pire ennemi n’est pas l’autre, c’est soi-même. Sur la base du scénario de Patrick Rotman, j’ai travaillé les personnages, la structure, le rythme. J’ai aménagé les parcours humains, réorganisé les batailles, les crescendos rythmiques. Conjuguer nos deux visions était une expérience formidable.”
 Tournage au Maroc 

Florent Emilio Siri s’est d’abord rendu en repérages en Kabylie, mais il n’existait aucune infrastructure capable d’accueillir une telle production. Par souci de réalisme, il y a fait le casting des acteurs qui sont en fait des non-acteurs, de jeunes paysans kabyles des montagnes. Ne pouvant tourner sur place, il a donc choisi de tourner au Maroc, dont la région de Beni Mellal ressemble beaucoup à la Kabylie.
“Le Maroc est habitué aux tournages d’ampleur, explique le réalisateur. Il y a là-bas d’excellents techniciens. Nous y avons fait presque deux mois de repérages. Le décor était une composante essentielle de l’histoire. Quand on parle de l’horreur, il faut placer ce qu’il y a de plus beau en opposition. Je voulais donc trouver des paysages magnifiques, pour montrer que, comparés à la nature, nous ne sommes que des fourmis, des insectes. Je cherchais ce paradoxe.”
“Notre base de tournage se situait dans le Moyen Atlas, poursuit-il. Il nous fallait souvent une heure de piste voire plus pour arriver sur les décors. Nous avons tourné en 48 jours, 6 jours par semaine. Le film a été entièrement storyboardé avant le tournage et quelques rares scènes pendant.”
 

Pour une photo désaturée

Pour ce film, Florent Emilio Siri a retrouvé son directeur de la photo habituel, Giovanni Fiore Coltellacci. Tous deux se sont employés à avoir cette couleur de l’époque, une photo désaturée qui a un peu vieilli et correspond bien au film de guerre. “Nous avons tourné avec de la pellicule 50 ASA, explique le cinéaste. La 50 est très fine, très piquée, avec beaucoup de contraste. Comme nous tournions en montagne, nous ne disposions pas du matériel nécessaire pour filmer de nuit. On a donc souvent opté pour des nuits américaines. L’étalonnage s’est fait en numérique, ce qui nous a permis de retravailler par caches sur un contraste très fort, et une désaturation éliminant les bleus. Nous avons ainsi obtenu une image ressemblant aux photos passées, une image à la fois documentaire et brute.”

  • Compte rendu du film.
  • Prolongements : rencontre et débat du vendredi 12/10  15h-17h (salle des droits de l’homme) 

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7 Responses to “DIALOGUE AVEC L’HISTOIRE :LE FILM « ENNEMI INTIME » ET LA GUERRE D’ALGERIE.”


  • Les revendications indépendantistes des Algériens sont anciennes, elles s’imprègnent des idéaux proclamés par les colonisateurs dont les Algériens sont exclus (liberté, égalité….)

    Les Algériens comme tous les peuples de la Terre n’ont pas attendu les idéaux des colonisateurs pour savoir ce qu’est la liberté et la fraternité. l’Emir Abdelkader lorsqu’il combattait la France au moment de la conquête n’avait pas besoin de la devise de la république pour savoir pourquoi il se battait.

    Par ailleurs ce film pose problème parce qu’en se plaçant essentiellement sur le registre de la violence, même pas équivalente entre armée française et FLN algérien puisque dans le film tout commence par un massacre de villageois, il dépolitise un affrontement. On ne saura jamais rien des revendications et motivations des maquisards du FLN par ailleurs dissimulés pendant tout le film et dont la violence plutôt barbare ne semble même pas répondre elle à une exaspération quelconque comme celle des soldats Français.

  • réponse à “gouns” ou comment éviter que le “carcan intellectuel” ne brouille le dialogue :

    Premier conseil : apprendre à lire un texte sans crispation :
    Quand on écrit que les indépendantistes Algériens sont “imprégnés des idéaux “des droits de l’homme, cela ne signifie évidemment pas qu’ils ont attendu les Français pour conceptualiser l’idée de liberté !!! Ils ont tout simplement , comme Ho Chi Minh en Indochine, eu beau jeu de mettre les Français (et l’opinion internationale ) devant les contradictions entre ces idéaux enseignés dans les écoles coloniales, et leurs actes .
    Deuxième conseil : apprendre à regarder un film, qui est d’abord une oeuvre artistique :
    Le premier plan, avec son surtitrage, ainsi que les dernières scènes du film sont claires : il défend nettement la validité du combat indépendantiste algérien. Bien sûr, il explique davantage comment les Français cédent à la violence. Mais en 1h 48 on ne peut tout expliquer !!! Le réalisateur du film a donc fait des choix qui s’incarnent dans ses personnages romanesques . Il s’agit pour lui de montrer le cheminement d’un officier français vers le pire, évidemment sans le cautionner, au contraire… C’est son sujet et c’est une création, pas une thèse sur la guerre d’Agérie !!! c’était aussi le sujet du documentaire éponyme de Rotman qui a inspiré son scénario.
    Troisième conseil : comprendre la globalité d’une pensée :
    Le dernier paragraphe (de la partie historique) de l’article milite clairement pour une mémoire commune, s’appuyant sur “l’histoire dans toute sa complexité”, “sans manichéisme”. Ce souci tend à “pacifier le présent” et à éviter de rejouer aujourd’hui la guerre d’Algérie !!!. La réaction de gouns est à l’opposé de cette démarche et , par ses crispations, empêche toute démarche constructive…

    A chacun de choisir….

  • Bonjour, je m’apelle Gonzalez Stacie je suis dans la classe de TESA. J’ai été comme beaucoup de classes à la séance de cinéma du mercredi 10 Octobre, j’ai trouvé ce film très dur et mettre des images sur des mots de cours ça fait “mal”, du moins pour moi. Certains disent que ce film n’est pas plus dur à regarder que “Il faut sauver le soldat Rayan” alors que entre “Pearl harbor”, “Il faut sauver le soldat Rayan” , “Stalingrad”, “La liste de shindler” et bien d’autres films sur différentes guerres, l’Ennemi intime a été pour moi le plus dur de tous! On a sous les yeux la réalité de la torture, d’une barbarie dans les deux camps, parfois la torture sur les uns est simplement de la vangence par rapport à d’autres…
    Le film est tout de même bien fait, et il nous montre que les attentes de chacuns sont légitimes…
    Mais il est bien dit que il n’y pas d’autre issu que de proclamer l’indépendance de l’Algérie, mais il faudra plus de 8 ans et de grandes pertes pour le comprendre….

    Bonne journée à tous

  • Un film très interressant, bien que très violent… Celui-ci nous confronte bien à la réalité et à l’horreur de la guerre… Une guerre inutile, qui a brisé des peuples, et des familles, tous comme beaucoup d’autres des guerres de la décolonisation… Pourquoi ne laisserions-nous pas leur indépendance à tous les pays qui l’a demande? Il est de leur droit le plus juste de disposer de leur libertés…
    J’ai beaucoup aimé l’intervention de M. Yanelli: la lecture était très interressante, et si on regardait ce monsieur pendant le lectures de ses écrits, on ne pouvait s’empêcher de remarquer une certaine émotion. Emotion également visible lors des réponses aux questions posées par les élèves… Cette intervention fut très interressante, car elle a donné a notre cour, une dimension plus réel… un témoignage marquant…

  • j’ai trouver ce film très instructif car cette guerre a été la moins “médiatisé” de toute.
    Très souvent on parle des atrocités des nazis mais une partie de l’armée française n’a pas fait mieux voire pire!!
    Ce film fait très bien comprendre la position plus que délicate de certains harkis durant cette guerre (avec notamment l’image du fell avec sa cigarette)
    C’est un film dur, c’est vrai mais à mon avis nécessaire pour honorer tous les soldats (français ou algériens morts la bas alors que l’issue de la guerre c’est à dire l’indépendance algérienne était inévitable)!!
    On comprends aussi très bien le but des soldats, les français pour dissoudre la rebellion au sein d’un département français et les soldats du FLN pour leur indépendance suite aux injustices subis par les algériens!!
    la torture était très violente et malgré la force de ces images, le réalisateur a évité de montrer des images encore plus gore (et il a bien fait j’en connait qui aurait….^^)
    Pour résumer l’ennemi intime est un bon film qui témoigne des atrocités commises pendant cette guerre (reconnue par Jacques Chirac), le mieux c’est qu’il aurait fallu ne pas payer^^ (3 euros c’est trop désolé)!! sinon ce film a été très instructif et on aurait pas vécu le témoignage de Marcel soldat français en Algérie de la meme façon qu’en ne l’ayant pas vu!!

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