Les portraits de 2 500 jeunes juifs déportés de France durant la seconde guerre mondiale, au mémorial de la Shoah à Paris.
PARIS (AFP) — un lycéen sur deux ignore ce qu’est la Shoah, a affirmé lundi sur RTL le ministre de l’Education Xavier Darcos, un sujet d’ »inquiétude » qui justifie, selon lui, « l’intuition » présidentielle de confier aux élèves de CM2 la mémoire des enfants juifs déportés.
« Ce qui m’inquiète moi, c’est que, aujourd’hui, au lycée, un élève sur deux ne sait pas ce qu’est la Shoah (…) Il est pour moi criminel que des adolescents ignorent ce qu’est la Shoah », a déclaré Xavier Darcos, en réponse aux inquiétudes d’enseignants et psychologues sur le traumatisme possible de la prise en charge par des 10-11 ans de la mémoire d’enfants morts.
Dans le même ordre d’idée, un ministre sur deux ignore les limites de l’indécence…
« C’est inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste, tranche l’ancien ministre, déportée à 16 ans et demi à Auschwitz. On ne peut pas infliger cela à des petits de dix ans! On ne peut pas demander à un enfant de s’identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter. Nous mêmes, anciens déportés, avons eu beaucoup de difficultés, après la guerre, à parler de ce que nous avions vécu, même avec nos proches. Et, aujourd’hui encore, nous essayons d’épargner nos enfants et nos petits-enfants. Par ailleurs, beaucoup d’enseignants parlent -très bien- de ces sujets à l’école. »
Simone Veil, Déclaration sur le site de l’Express, 15 février 2008.
« Nos enfants, nos petits-enfants n’ont pas à porter des crimes qui ne sont pas ceux de leur génération. Il faut bien mal connaître les enfants pour faire une telle proposition, tout à fait indécente »
Annette Wieviorka, historienne de la Shoah, dans le JDD.
Le devoir de mémoire, nouvelle religion civile.
« Depuis quelques décennies, l’instauration du devoir de mémoire, comme nouvelle « religion civile », est présentée par l’Etat comme un moyen d’éduquer les citoyens. Qu’il s’agisse des anciens déportés ou des anciens esclaves, leur souvenir aurait pour fonction de lutter contre le racisme et l’antisémitisme. Le devoir de mémoire est également mis en avant par les pouvoirs publics pour favoriser un sentiment d’appartenance à la communauté nationale. La reconnaissance des mémoires plurielles permet en effet d’intégrer -du moins symboliquement- diverses communautés dans une histoire commune. »
Sébastien Ledoux (Enseignant et chercheur) [Lire la suite ici]
La proposition de Nicolas Sarkozy avait provoqué la semaine dernière de nombreuses critiques -la plus symbolique avait été celle de Simone Veil. Allant dans le même sens, 85% des Français se déclarent hostiles à l’idée annoncée par le président de faire parrainer l’un des 11.500 enfants juifs victimes de la Shoah par des élèves de CM2, selon un sondage Ifop (*) pour le site du JDD.
Selon cette étude, 4% des sondés approuvent « tout à fait » la proposition et 11% l’approuvent « plutôt ». « La proportion de répondants se déclarant ‘tout à fait’ opposés à cette proposition (57%) s’avère saisissante, une telle polarisation des jugements étant rarement observée dans une enquête d’opinion », souligne l’Ifop.
La possibilité, aménagée, de faire perpétuer la mémoire des enfants victimes de la Shoah par l’ensemble d’une classe de CM2 rencontre également l’opposition, bien qu’atténuée, des Français : 61% des sondés y sont défavorables.
(*) Sondage réalisé par internet les 20 et 21 février 2008 auprès de 1.005 personnes âgées de 18 ans et plus sélectionnées selon la méthode des quotas.
