Lien vers un article de l’auteur dans Le Monde Diplomatique.
Livre passionnant dans lequel l’auteur, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Tel-Aviv, se propose de retracer l’histoire de la construction des Juifs comme une nation. Le premier chapitre résume très intelligemment les débats historiographiques autour de l’idée de nation. Celle-ci a été profondément marquée par les mouvements nationaux au XIX° siècle. L’auteur insiste sur l’origine allemande des juifs qui vont au XIX° siècle être à l’origine du mouvement sioniste.
Depuis une trentaine d’années, la conception classique de la nation, qui faisait remonter à un passé lointain et à une origine commune les peuples est profondément remise en cause par l’historiographie. C’est dans ce cadre que se place S. Sand. Une série de chapitres tente de démontrer qu’à la fin de l’antiquité, les Juifs ont cessés d’être une ethnie par le biais de conversions massives qui se poursuivent après la chute de l’Empire romain en Afrique du Nord et dans l’est de l’Europe.
à l’inverse, les Juifs ethniques restés en Palestine se seraient en grand nombre convertis au Christianisme, puis à L’islam. Paradoxalement, les Palestiniens actuels seraient donc largement les descendants du peuple Hébreux. L’auteur est évidemment parfaitement conscient des implications de cette vision de l’histoire, qui est de nature à fournir des arguments aux adversaires d’Israël et du Sionisme.
Un dernier chapitre très riche décrit la politique migratoire de l’État israélien. On apprend ainsi que si l’ensemble de la population d’Israël possède la citoyenneté israélienne, la nationalité juive n’est reconnue qu’à ceux qui possèdent au moins un grand-parent juif. Le droit israélien prévoit, conformément au droit religieux juif, que seuls les enfants, nés d’une mère juive peuvent être reconnus comme juifs. L’auteur évoque également les recherches assez délirantes menées avec l’appui de l’État israélien en vue de découvrir un problématique “gène juif” (pour reprendre l’expression utilisée par la presse en Israël pour populariser cette idée).
S. Sand décrit à la suite de A. Shammas Israël comme une “démocratie ethnique” dans laquelle la majorité s’accorde des privilèges aux dépens de la minorité ou des minorités (car aux Arabes israéliens qui représentent 20% de la population, il faut désormais ajoutés les conjoints non juifs qui forment 5% de la population). Autre particularité, la constitution accorde un droit imprescriptible à la nationalité israélienne pour tous les Juifs de la terre (situation qui rappelle la législation allemande, qui jusqu’à une date récente, garantissait également un “droit de retour” à toute personne pouvant démontrer une origine ethnique germanique).
L’auteur se montre raisonnablement pessimiste sur les problèmes que devra résoudre Israël. Pour lui un État binational, de la Méditerranée au Jourdain serait la meilleure solution, mais il sait qu’elle est inacceptable pour les Juifs israéliens qui refuseront de devenir une minorité dans un tel État (On peut les comprendre quand on entend les discours du Hamas et même de certains dirigeants de l’OLP…). A ses yeux, l’évacuation des territoires occupés n’est qu’une première étape. Il décrit le mécontentement croissant des Arabes israéliens, considérés comme des citoyens de seconde zone et à qui une véritable égalité de droits est refusée. Il présent que la Galilée, ou ceux-ci sont très nombreux (cette région lors du partage de 1948 devait être attribuée à la Palestine), pourrait devenir pour Israël un Kosovo (région de peuplement albanais dominé par la Serbie jusqu’à l’intervention de l’OTAN en 1999).
L’auteur préconise une évolution pragmatique qui passerait par une limitation du droit à l’immigration aux seuls juifs persécutés. Les Arabes israéliens se voyant reconnaître des droits égaux. Il serait ainsi possible de créer un peuple israélien qui ne ferait plus référence à une mythique ethnie juive et pourrait alors être considéré comme une authentique démocratie libérale à l’occidentale.
Ce livre a provoqué semble-t-il d’intenses débats en Israël, il mérite une lecture attentive.


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