Lecture: L’Histoire Les collections n° 47, Méditerranée, guerre et paix depuis 5000 ans.


Dans ce n° hors-série de L’histoire, quelques compléments utiles à votre cours de géographie sur ce sujet, dans un article de Michel Foucher, La Méditerranée existe-t-elle encore ? (excellent au demeurant). En particulier cet extrait:

C’est l’ouverture du canal de Suez en 1869 qui a modifié la situation géopolitique de la mer Méditerranée : elle est alors devenue une aire de transit stratégique entre l’Europe du Nord-Ouest, le Moyen-Orient et l’Asie orientale. Un changement d’échelle est intervenu, qui reprend de l’importance depuis deux décennies du fait de l’essor des échanges entre le continent européen et le vaste monde
en émergence. On estime ainsi que 30 % du fret maritime mondial et près d’un quart du trafic mondial des hydrocarbures, venus surtout d’Arabie Saoudite et du Golfe, traversent aujourd’hui la mer Méditerranée : une partie s’arrête dans les ports (Fos, Gênes…) équipés de raffineries et de départs d’oléoducs ; le reste transite par Gibraltar et alimente l’Europe de l’Ouest et du Nord (Le Havre-Antifer, Rotterdam) ainsi que la côte Est des États-Unis. 65 % du gaz et du pétrole consommés en Europe occidentale transitent par cette mer. Elle représente donc un intérêt majeur pour les Européens. Chaque jour, 2 000 bâtiments dont 300 pétroliers s’y trouvent en circulation (plus de 250 000 traversées par an), soit le trafic le plus dense du monde après la Manche.

La Méditerranée compte le plus grand nombre de ports au monde. Les investissements se multiplient dans les ports stratégiques. Tanger Med, au sud du détroit* de Gibraltar-, est à la fois « hub », centre de redistribution, et « gateway », porte. Tandis que de gros efforts ont été faits pour moderniser les plateformes logistiques : les Chinois de Cosco Pacific viennent d’obtenir pour 4,3 milliards de dollars la concession pour trente-cinq ans du port de conteneurs du Pirée. Mais le cabotage, c’est-à-dire le trafic entre pays riverains, ne représente que le cinquième du trafic total de la Méditerranée. Ce qui souligne le paradoxe d’une aire très insérée dans l’économie mondiale mais en même temps la moins intégrée du monde à l’échelle du bassin. Aire de passage sans escale, route plus que lien entre les rivages.
C’est l’évaluation du nombre de touristes en Méditerranée pour l’année 2008 (source META). Le bassin est la première destination touristique du monde. A côté de la France, qui occupe la première place mondiale (68 millions de visiteurs
en 2007 pour l’ensemble du pays) et de l’Espagne, deuxième destination mondiale (60 millions), l’Égypte, première destination touristique
sur la rive sud, a attiré 9 millions de touristes étrangers et la Tunisie
5 millions. Le tourisme représente, en 2005, 13,75 % du PIB à Chypre, 12,75 % à Malte, 11,5 % au Maroc, 8,5 % en Égypte, 7,7 % en Tunisie, un peu plus de 6 % en Grèce, 4,5 % en Espagne et 2 % en France (source OMT).
L’H. : Les Américains continuent d’y entretenir une flotte. A quoi sert-elle ? Quels sont aujourd’hui les enjeux géopolitiques en Méditerranée ?
M. F.: La Méditerranée est aujourd’hui une mer beaucoup moins fréquentée par les forces aéronavales américaines qu’avant 1991 et la fin de l’URSS. Les États-Unis disposent de la Vie flotte qui veille sur le flanc méridional de l’Europe à partir de Naples : une trentaine de bâtiments autour du navire-amiral USS Mount Whitney. C’est un héritage de la guerre froide et de surveillance de l’Eskadra russe basée à Sébastopol. La Russie quant à elle dispose encore d’un point d’appui dans le port syrien de Tartous (un seul navire de soutien) et l’Eskadra, qui avait déserté la Méditerranée après 1991, y est revenue en manoeuvre en 2007 avec le porte-aéronefs Kouznetzov — ce signal ne doit cependant pas être surestimé. La flotte américaine a montré le pavillon en mer Noire face à la Géorgie pendant la crise de l’été 2008′ et la Turquie reste la gardienne des Détroits.
La flotte américaine, qui ne comprend pas de porte-avions, participe aujourd’hui à la surveillance des flux maritimes, notamment par l’opération permanente de l’OTAN dans le détroit de Gibraltar «Active Endeavour », mise en place après le 11 septembre 2001. Vue des États-Unis, c’est-à-dire dans une perspective de l’ouest vers l’est, la mer Méditerranée est une voie d’accès vers la mer Noire et les détroits turcs, le Proche-Orient (Liban, Israël) et surtout la mer Rouge. Mais, pour Washington, il ne s’agit pas d’un théâtre unique car le « Grand Moyen-Orient », ensemble étendu, selon Washington, de l’Égypte au Pakistan, relève de la V’ flotte, basée à Manama (Bahreïn), dans le golfe Arabo-Persique. Enfin, le continent africain relève du commandement Africom qui protège les intérêts pétroliers américains croissants dans le golfe de Guinée. La mer Méditerranée est donc conçue par les stratèges américains comme une aire d’accès à plusieurs foyers de crise (Iran, Caucase méridional et Russie, golfe Arabo-Persique, Israël et Afrique subsaharienne).
Les forces des États membres de l’Alliance atlantique ont le quasi-monopole de la présence maritime en Méditerranée, notamment la Turquie, la Grèce, l’Italie, la France et l’Espagne ; ils verrouillent les Détroits tandis que le Royaume-Uni possède une base militaire à Gibraltar et deux à Chypre. Les pays riverains de l’UE ont depuis 1995 déployé l’Euromarfor, force navale non permanente.
Quant à la France elle a engagé des coopérations bilatérales avec l’Égypte, la Tunisie, l’Algérie, associées à des exercices conjoints. Le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale (2008) décrit un « arc de crise » étendu de la Mauritanie à l’Inde et dont l’épicentre est .en réalité le nord de l’océan Indien
(de Djibouti à Karachi). La nouvelle base navale française d’Abou Dhabi a été inaugurée en 2009. La Méditerranée constitue ainsi une voie de passage vers le théâtre principal d’opérations. Pour le reste, la Méditerranée stricto sensu est un espace stable où les marines entretiennent de bonnes relations (sauf entre Israël et le Liban).

Le sommaire de ce riche n° est consultable ici. Le magazine est disponible au CDI.

Articles sur des sujets similaires:

0 Responses to “Lecture: L’Histoire Les collections n° 47, Méditerranée, guerre et paix depuis 5000 ans.”


Comments are currently closed.

Slideshow

Get the Flash Player to see the slideshow.

La société n’existe pas.— Margaret Thatcher

Calendrier d'événement

mai 2010
LMaMeJVSD
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31EC

Lectures

  • Claude Lanzmann, Le lièvre de Patagonie, Gallimard, 2009.
    13 février 2012 | 01:47

    Le directeur des Temps modernes et le réalisateur de Shoah raconte sa vie, du jeune juif résistant à Clermont Ferrand, au vieux pontife, gardien de l’héritage de Simone et jean-Paul, en passant par le visiteur curieux de la Corée du Nord et de la Chine maoiste. peut être un meilleur moyen de réviser son bac [...]

  • Marzi, Onze jours et onze nuits, Spirou n°3731.
    13 février 2012 | 01:47

    L’hebdomadaire Spirou poursuit la publication de Marzi de Marzena Sowa et Sylvain Savoia. Il s’agit d’un réçit autobiographique, évoquant les dernières années du communisme en Pologne, à travers le regard d’une fillette. Par le dessin et le thème, cette bande dessinée rappelle évidemment la série Persépolis de Marjane Satrapi. Le dernier réçit publié, Onze jours [...]

  • Tony Judt, Postwar, a history of Europe since 1945, 2007, Pimilco.
    13 février 2012 | 01:47

    Une superbe histoire de l’Europe depuis la fin de la seconde guerre mondiale par Le professeur Tony Judt, né en 1948, ayant fait ses études à Cambridge et à l’Ecole normale supérieure à Paris. Il a enseigné à Cambridge, Oxford, Berkeley et à l’université de New York , où il occupe actuelement la chaire de “Professor of European [...]

  • RSSArchive de Lectures »

QR Code Business Card
Performance Optimization WordPress Plugins by W3 EDGE