Antisémitisme en France: Légère décrue…

C’est la conclusion du dernier rapport annuel (à ce jour) de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (rapport téléchargeable ici).
Dans ce rapport, on trouve un graphique reprenant les recensements effectués par le Ministère de l’intérieur depuis 1993:

Après le premier pic, en 2000, Le Monde publiait un article établissant clairement un lien entre “Le Proche Orient et l’Antisémitisme en France:

INDÉNIABLEMENT, le ton a changé. Plus inquiet, plus lourd, plus dur aussi. « Il y a maintenant une autre tension et une autre attention face à la grave crise du Proche-Orient entre Israéliens et Palestiniens », prévient Henri Hajdenberg. Le Congrès juif européen (CJE), qu’il préside, organisait un colloque sur l’antisémitisme dans les locaux de l’Unesco, les 23 et 24 avril à Paris. Les intervenants se sont livrés à une analyse des agressions à caractère antisémite de l’automne 2000 : plus d’une centaine recensées par les instances communautaires juives. « On s’est trouvé confronté à des actes antijuifs venus de milieux arabo-musulmans de certaines banlieues », résume Me Hajdenberg. Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) a éprouvé le besoin de préciser les déclarations qu’il avait faites en octobre, au plus fort de la crise. « J’avais déclaré qu’il y avait des violences antisémites, mais pas de crise d’antisémitisme dans la société française. »

VIOLENCES D’UN TYPE NOUVEAU

Cette analyse reste « exacte », dit-il : « Ces violences antisémites n’ont pas trouvé leurs sources, leurs origines, dans les milieux traditionnellement antisémites de la société française. A notre connaissance, et à de très rares exceptions près, les milieux d’extrême droite antisémites n’ont pas été mêlés à ces agissements. »

Pour Henri Hajdenberg, ces actes n’ont donc pas été perpétrés ou influencés par « un mouvement, une organisation, une structure ». « Des images télévisées des ripostes israéliennes face à des enfants palestiniens ont pu troubler l’opinion », et parfois « la révolter », estime le président du CRIF. Mais les violences antisémites commises contre les biens et les personnes ne traduisent pas un mouvement de fond, ou encore un retour des vieux démons de l’extrême droite. Il n’en reste pas moins vrai, selon Me Hajdenberg, qu’ « une frange de la société française, certainement marginalisée mais représentative d’un certain milieu maghrébin, a manifesté violemment un courant non seulement antisioniste, mais antijuif ».
Le ministre de l’intérieur, Daniel Vaillant, a dressé un bilan de ces violences d’un type nouveau. Les services de police et de gendarmerie ont dénombré cent seize faits de violence à caractère antisémite contre les biens et les personnes pour l’année 2000 (incendies de synagogues, jets de cocktails Molotov, violences physiques, etc.), contre seulement neuf en 1999. On a constaté aussi, en 2000, une augmentation très nette des actes d’intimidation antisémites : six cents, contre soixante l’année précédente. « Ces violences ont pour caractéristique d’avoir été commises pendant un laps de temps très bref, au cours de l’automne 2000 », a souligné le ministre. « Sur l’ensemble des personnes interpellées, seules deux avaient des sympathies avérées pour l’extrême droite. Les autres voulaient surtout protester contre un sentiment d’exclusion de la société française. » Pour le ministre de l’intérieur, la prévention de ces dérives passe par un renforcement de la « lutte contre la discrimination ». Daniel Vaillant a tenu à rendre hommage aux responsables des cultes qui ont lancé, au plus fort de la crise, « un appel à la raison et au calme ». « CONFUSION PERNICIEUSE »

Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite, confirme ces analyses : « Les violences de cet automne n’ont pas été commises par des groupes d’extrême droite, ou par des intégristes musulmans organisés. Leurs auteurs étaient, pour la plupart, des jeunes non politisés et non islamisés, qui exprimaient un sentiment d’identification avec l’Intifada. » Pour M. Camus, cette absence d’organisation n’est pas rassurante : « Elle signifie que ces jeunes agissent en dehors de tout contrôle… »

(Le Monde du 13 mars 2002).
C’est également le point de vu du Rapport 2008 de la CNCDH:

Cet antisémitisme faisait l’étonnement d’Andrew Hussey dans le N° 101 de la revue littéraire britannique Granta. Très pessimiste, il écrivait:

Hervé’s family is originally from Cameroon but he has lived in the banlieue all his life. He is educated and articulate, a graduate of the elite École Normale Supérieure, and makes a living as a computer engineer. ‘If you live here, if you speak with an accent banlieusard, you are condemned as an outsider in Paris and in fact all French cities. It is in fact a double exile — you are already an outsider because you are black or Arab. But then you are an outsider because you are banlieusard.’
Yet he has chosen to live here. ‘The banlieue is my home. I cannot feel comfortable anywhere else.’
Hervé’s block of flats was rotten; the walls of the lift-shaft were falling apart from the inside. But his apartment was tidy and organized.This was a place where a full, hard-working life was being lived. His flat is die headquarters of Grioo, a website devoted to the African diaspora in France (Grioo is in fact a mild corruption of the West African term griot, meaning `storyteller’). With Hervé, I was trying to talk through the idea that, in spite of die murders and the riots, good work is going on in the banlieue.The success of the Grioo website is testament to that. The only taboo subject between us was that of Jews in the banlieue. I had asked, innocently, why there were so few, if any, Jews left.
They cannot live here,’ Hervé said.
Hervé is not an anti-Semite but his remark reflected a shameful reality about the prevalence of anti-Semitism in the suburbs, a reality that makes even open-minded people such as him feel awkward. Through several weeks of my travels in Bagneux, I chatted casually to hip-hop kids, footballers, football fans and self-proclaimed casseurs (`wreckers’ or `rioters’). I met and talked to them in cafés, at bus stops, in shops and sports centres. It was mostly entertaining and enlightening; there is a lot of serious laughter and benign mischief going on in the banlieue. But the more time I spent there, die more, like a secret code being revealed, I began to pick up on the casual references to synagogues, Israelis and Jews. These references would be refracted through the slang of the banlieue. So phrases such as sale juif, sale yid, sale feuj, youpin, youtre (this last term dates from the 1940s and so, with its echoes of die Nazi deportations, contains a special poison), all racist epithets, were being widely used but also framed by irony. Yet for all I heard about the crimes of the Jews, it was hard to find anyone who had met a Jewish person. `We don’t need to meet Jews,’ I was told by Grégory, a would-be rapper and Muslim from La Chapelle. `We know what they’re like’
But that was the problem: nobody knew what `they’ were like. It seemed to me that hating Jews — like supporting Arsenal or listening to the rap band NTM — had become a defining motif of identity in the banlieue.

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