Loin des délires récents des Bancel, Blanchard et consorts, qui témoignent de la dégénérescence d’une certaine recherche plus idéologique qu’historique vivant dans le vase-clos marécageux d’une historiographie franco-française en pleine déconfiture, Jean Pierre Rioux propose une synthèse des débats et un état actuel de la recherche sur la colonisation française (essentiellement celle du XIX° et du XX° siècle). On y retrouve les meilleurs spécialistes comme Olivier Pétré Grenouilleau, traîné dans la boue l’année dernière par les partisans de la lutte de tous contre tous…
L’ouvrage très pédagogique est divisé en 11 parties :
- étapes.
- Figures.
- Maghreb et Levant.
- Afrique.
- Océan Indien, Asie et Pacifique.
- Amérique.
- Métropole.
- Colonisateurs.
- Colonisés.
- Représentations.
- Enjeux.
L’enseignant du secondaire et l’élève intéressé par ces questions y trouveront des synthèses courtes mais denses sur la plupart des sujets. Ce dictionnaire vient à point pour compenser là surmédiatisation de certaines thèses (les zoos humains par exemple…) dont la popularité dans le milieu enseignant est inversement proportionnelle à leur crédit dans les milieux de la recherche. La conclusion du dernier article, sortir de la guerre des mémoires, signé par Benjamin Stora mérite d’être citée dans son intégralité :
” Depuis la fin de l’époque coloniale, dans les années 60, les récits d’histoire consacrés à cette période sont soumis à une sorte de règle qui veut que les tensions, parfois apaisées mais jamais politiquement résolues, prennent régulièrement une gravité si extrême que la guerre des mémoires devient alors l’unique moyen de les apaiser temporairement. La visite perpétuelle et ressassée du temps colonial et des guerres de décolonisation devient alors une activité de fabrication d’identités. Aux antipodes d’une apologie d’un progrès commun, l’engouement pour la répétition d’un passé cruel freine la connaissance de l’histoire réelle, car la transmission mémorielle s’organise autour de la fabrication de stéréotypes, dans une reconstruction du sens de l’histoire parfois douteuse. L’obsession d’un “retour en arrière” ne parvient pas d’avantage à neutraliser la peur du futur. Souvent même elle ne “parle” plus aux nouvelles générations. Les fils et les filles d’immigrés, de pieds noirs ou de harkis, les enfants des anciens descendants d’esclaves veulent, bien sûr, rester fidèle aux combats livrés par leurs ancêtres, mais ils entendent aussi se débarrasser de ces vêtements du passé pour ne pas vivre, toujours, en état de ressentiment perpétuel. Pour construire l’avenir, il faudra sortir de la rumination du passé”
Originally posted 2007-12-27 10:20:11. Republished by Blog Post Promoter
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