“Jusqu’en mai 1966, la Chine était grosso modo un État communiste classique, quoique plus efficace que la plupart. Le pouvoir du parti communiste chinois (PCC) demeurait incontesté. Son autorité s’exerçait à travers le pays tout entier. Son chef, Mao Zedong, le « président Mao », était entouré d’une vénération que même Staline lui eût enviée. Ses dix-neuf millions de membres étaient l’assurance que les directives du président étaient entendues et écoutées à tous les niveaux de la société. Et quand ces directives se soldèrent par une famine généralisée et des dizaines de millions de morts, comme lors du Grand Bond en avant (GBA) et de ses suites (1958-1961), les cadres réussirent à tenir le pays et permirent au PCC d’essuyer la calamité. En 1966, l’économie chinoise s’était suffisamment rétablie pour envisager un troisième Plan quinquennal de type soviétique. Mais la Révolution culturelle engloutit les plans et les politiques soigneusement élaborés. Une décennie durant, le système politique chinois allait être d’abord plongé dans le chaos, puis paralysé.
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