Après deux n° particulièrement soporifiques, la revue des Annales renoue avec quelques sujets d’un intérêt brûlant. En plein débat sur l’”identité nationale” (j’écris ce billet en décembre 2009), la revue consacre un dossier à l’Atlantique française. Il en ressort que l’universalisme républicain n’était pas totalement étranger à l’ancien régime, qui cherchait lui aussi à faire des indiens de bons français…
Les descendans des François qui s’habitueront au dit pays, ensemble les sauvages qui seront amenés à la connaissance de la foy, et en feront profession, seront censés et réputés naturels François & comme tels pourront venir habiter en France quand bon leur semblera, & y acquérir, tester, succéder et accepter donnations & legats [legs], tout ainsi que les vrais regnicoles et originaires François, sans estre tenus de prendre aucunes lettres de déclaration et de naturalité.
Avec les mêmes écueils, c’est à dire en ayant le plus grand mal à passer de principes généreux (affirmant par exemple le droit de libre établissement des indiens et des colons en France, avec tous les droits de sujets du roi de France), à l’application concrète et contestant ces principes dès qu’un cas concret se présente… Mais une volonté d’assimilation étonnante comme dans cette lettre d’un intendant de la Nouvelle France en 1730:
Cette colonie aurait besoin d’un plus grand nombre de troupes pour imprimer plus de respect et plus de crainte aux sauvages et les mettre par là dans la necessité de subir les lois que le roi impose aux Français, et jusqu’à ce qu’il plaise à sa Majesté d’aprouver ces veuës, nous profiteront de toutes les occasions pour amener peu à peu les sauvages au point ou ils doivent estre. mes menagements passez que l’on a eus avec eux, ont pu estre nécessaires: mais il seroit bien à désirer aujourdhui qu’on pust les forcer à devenir Cytoyens (c’est du Chevènement avec ses “sauvageons”!)
Le titre du dossier n’est pas sans évoquer la synthèse de J. H. Elliot, Empire of the Atlantic World, Britain and Spain in America 1492-1830. L’Atlantique française eut certes un destin moins glorieux mais a le mérite de survivre partiellement aujourd’hui ce qui n’est pas le cas de ses deux rivales…
Dans le même n° un article évoque les convertis au christianisme en Algérie. L’auteur montre qu’il s’agit d’une contestation radicale de l’identité promue à la fois par le régime autoritaire et par les islamistes qui remet en cause l’héritage Arabe et Musulman du pays. Si l’influence des courants évangélistes reste marginal, il n’en constitue pas moins selon Karima Dirèche
un des révélateurs du décalage croissant entre des demandes sociales de plus en plus exacerbées et des politiques du pouvoir d’État fossilisées dans leur autoritarisme et dans des représentations historiques figées