Tag Archive for ‘Sociologie’

M Pinçon & M Pinçon-Charlot, Promenades sociologiques, 2001/2009, Payot.

promenades_sociologiques15 promenades sociologiques dans Paris: De la goute d’or au périphérique en passant par les villas du XVI° arrondissement. Les auteurs Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, surtout connus pour leurs travaux sur les élites françaises, proposent au curieux des parcours dans Paris qui sont l’occasion de décrire la sociologie des quartiers traversés et les évolutions en cours. Les conséquences des grands travaux, la gentrification sont largement évoqués. La promenade intitulée “Villages dans la ville, les villas de Paris” me semble l’une des plus réussie. Extrait:>Les propriétaires de la villa Montmorency sont organisés depuis 1853 dans une association chargée de la gestion et de la réglementation des parties communes. Pour préserver le cadre idyllique de ces « maisons unifamiliales de campagne et d’agrément », comme disent les statuts, les règles se sont faites de plus en plus contraignantes. Des panneaux, aux différentes entrées de la villa, précisent qu’il est interdit de franchir les grilles, bien entendu en voiture, mais aussi à pied, sauf aux « riverains, à leurs visiteurs ou à leurs fournisseurs autorisés ». Ce que le gardien, inflexible, sortant de sa loge à l’allure d’octroi, vous rappelle dès que vous risquez un pas dans l’enceinte interdite.

Ainsi le poids du collectif organisé et structuré, contraignant par bien des aspects, apparaît d’autant plus fort qu’un espace concentre une population plus bourgeoise. La manière dont les propriétaires s’organisent pour gérer les parties communes ou en abandonnent le soin aux collectivités locales dépend du milieu social. Les statuts des copropriétés et les cahiers des charges limitent la liberté individuelle pour mieux préserver des valeurs qui ne peuvent l’être que collectivement. Les familles de la haute société font preuve d’un sens de l’intérêt collectif de leur groupe que l’on ne rencontre qu’exceptionnellement ailleurs.Nous avons mené une enquête sur la sociologie des habitants de cette villa, avec Pascale Kremer, journaliste au Monde 21. La densité des familles les plus fortunées y est exceptionnelle. On y trouve Vincent Bolloré (Havas) et ses deux fils, Yannick et Sébastien, qui y ont chacun une maison ; Arnaud Lagardère (Lagardère médias); Georges Tranchant (les casinos de Finindusco) ; Dominique Desseigne (hôtels de luxe et casinos Lucien Barrière); Xavier Niel (Iliad, maison mère de Free) ; Jean-Paul Bucher (société Flo) ; Alain Afflelou et bien d’autres hommes d’affaires. Au milieu des grands patrons, des familles de la noblesse et du Bottin Mondain, des producteurs de cinéma, comme Tarak ben Amar ; le fondateur d’une radio privée, en la personne de Jean-Paul Baudecroux (NRJ). Et puis quelques gloires passées ou présentes du show business, comme Sylvie Vartan, Rika Zaraï ou Mylène Farmer. Et Carla Bruni, dont l’hôtel particulier, doté de deux entrées, l’une dans la villa et l’autre sur la voie publique, est fréquenté le soir venu, en semaine, par son mari, Nicolas Sarkozy. Déjà, pour préparer sa campagne électorale, le futur président avait goûté aux charmes de ce voisinage argenté, séjournant durant deux mois chez son ami Dominique Desseigne. Tous les pôles de l’activité économique et culturelle sont donc représentés dans ce microcosme bien représentatif du pouvoir dans toutes ses variantes.

La perspective de voir s’ériger des immeubles de plusieurs étages à cet emplacement vide qui ménage un dégagement important et un vaste ciel a soulevé un véritable tollé de la part des habitants du quartier, dont ceux de la villa. La présence de logements sociaux dans le projet n’arrange rien. Plusieurs associations ont été constituées pour organiser la résistance, qui, sous le label de la défense des paysages urbains et de l’environnement, ont en ligne de mire la dimension sociale du projet et l’arrivée aux franges de la villa Montmorency d’une population incongrue en ces lieux de bonnes manières et de langage châtié. L’entre-soi est une condition nécessaire, dans ces familles qui cumulent toutes les formes de richesse, pour la reproduction de leur position dominante. Le passage du relais de génération en génération suppose une endogamie de classe. Éviter les mésalliances et la dispersion des fortunes, économiques mais aussi culturelles et sociales suppose des héritiers aptes à assurer les charges de l’héritage. Ils ne doivent pas dilapider leur patrimoine, ni rater leurs études, ni gaspiller l’immense pouvoir que représente le carnet d’adresses de leurs parents. Pas de meilleure solution que de s’assurer que les jeunes de la famille fréquenteront exclusivement des jeunes leur « ressemblant étonnamment ». La villa Montmorency est le résultat d’un processus positif d’agrégation des semblables, particulièrement bien contrôlé dans la grande bourgeoisie qui dispose des moyens matériels lui permettant de choisir ses lieux de résidence en fonction de critères sociologiques et non pas sous la contrainte économique. Un processus d’agrégation qui est tout en même temps celui d’une ségrégation voulue et assumée. Vers le bas du boulevard de Montmorency, au n° 93, une entrée secondaire de la villa est tout aussi difficile à franchir. Il s’agit presque d’une entrée de service, tant les femmes de ménage et les nourrices sont nombreuses à l’emprunter. L’interdiction d’entrer est affichée de manière très visible, un système de clef électronique doublé d’une installation de télésurveillance renforçant encore la solidité de la frontière, matérielle et symbolique. Le portail, constitué par une haute grille de fer forgé, permet toutefois de jeter un oeil indiscret sur ce monde interdit. Les petites rues, des allées sinueuses et ombragées, calmes et soigneusement ratissées, invitent à respecter le silence et la tranquillité de ces lieux qui tranchent sur le brouhaha urbain qui les entoure. Au n° 71 du boulevard, la grille de clôture laisse apercevoir une allée de la villa qui débouche sur une placette charmante, agrémentée d’une fontaine.

Au n° 67, la maison où vécurent les frères Goncourt est aujourd’hui propriété de la Ville de Paris. Elle est tournée vers le boulevard mais son jardin, à l’arrière, donne sur une rue intérieure de la villa, accessible par une porte. Toutefois les usagers, et leurs invités, de ce qui est devenu une Maison des écrivains et de la littérature, n’ont pas l’autorisation de la franchir. Ainsi, aux franges de la villa Montmorency, les habitants des maisons et des jardins qui en sont mitoyens, se voient interdire d’utiliser les accès à la villa. Quant à la maison des Goncourt, les copropriétaires se sont tout simplement opposés à ce qu’elle soit transformée en musée et ouverte au public, comme le souhaitait la municipalité.”

Chaque promenade est accompagnée d’un plan précis du quartier concerné qui permet de la mener à bien  sans perdre le fil!

Originally posted 2009-08-18 10:00:23. Republished by Blog Post Promoter

Art: Géricault, Le radeau de la méduse (1819).

méduse

Parfaite métaphore de notre époque. Rappelons que lors de ce naufrage en 1816 au large du Sénégal, le commandant de bord et les officiers abandonnèrent une partie de l’équipage et des passagers sur un radeau qui dériva pendant des semaines. Les naufragés s’entre-massacrèrent et se dévorèrent. Aujourd’hui, tandis qu’une minorité voit ses revenus croître dans des proportions considérables, le reste de la population s’enfonce dans la précarité et les difficultés quotidiennes. On oublie souvent que la mondialisation a un précédent qu’il faudrait étudier de près : à la fin du moyen age, les ouvriers urbains protégés par les règlements et accords passés entre populo minuto et populo Grosso furent concurrencés par le recours à la main-d’oeuvre des campagnes qu’aucun règlement ne protégeait, provoquant un effondrement des industries urbaines dans les villes de Flandre et d’Italie.

niveau de vie

On peut observer sur cette série de graphiques publiés par le monde que les revenus du capital progressent désormais beaucoup plus vite que ceux du travail (par ailleurs beaucoup plus imposés). D’autre part, la progression du pouvoir d’achat des ouvriers entre 2004 et 2005 est évaluée à 1% seulement. Mais la réalité est encore inférieure, et probablement négative car l’indice des prix n’est qu’une abstraction statistique. Qu’importe à l’ouvrier que les écrans plats ou les ordinateurs voient leurs prix baisser, puisqu’il n’en achète pas. L’essentiel de son revenu étant consacré à des dépenses qui explosent (produits alimentaires, essence, loyers que ne paient pas les riches qui sont propriétaires…) qui représentent pour lui une part très importante de son budget, très supérieure à ce qu’indique le “panier de la ménagère”, très théorique de l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques).

Originally posted 2007-11-20 17:27:02. Republished by Blog Post Promoter

Slideshow

Get the Flash Player to see the slideshow.

Satanique ennemi de la véritable histoire : la manie du jugement.— Marc Bloch

Calendrier d'événement

mai 2012
LMaMeJVSD
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031EC

Lectures

  • Fluide Glacial n°405, mars 2010.
    13 février 2012 | 01:47

    Dans Fluide Glacial, si la qualité des bandes dessinées baisse (en raison de la raréfaction des grands anciens (Gossens, Edika,…), il reste un rédactionnel de qualité: Les gens du monde où Pascal Fioretto consacre une page hilarante au blogueur, La présentation d’une série culte: Flight of the Conchords dans la rubrique Pict, Pixel et rockegram, [...]

  • Claude Lanzmann, Le lièvre de Patagonie, Gallimard, 2009.
    13 février 2012 | 01:47

    Le directeur des Temps modernes et le réalisateur de Shoah raconte sa vie, du jeune juif résistant à Clermont Ferrand, au vieux pontife, gardien de l’héritage de Simone et jean-Paul, en passant par le visiteur curieux de la Corée du Nord et de la Chine maoiste. peut être un meilleur moyen de réviser son bac [...]

  • Marzi, Onze jours et onze nuits, Spirou n°3731.
    13 février 2012 | 01:47

    L’hebdomadaire Spirou poursuit la publication de Marzi de Marzena Sowa et Sylvain Savoia. Il s’agit d’un réçit autobiographique, évoquant les dernières années du communisme en Pologne, à travers le regard d’une fillette. Par le dessin et le thème, cette bande dessinée rappelle évidemment la série Persépolis de Marjane Satrapi. Le dernier réçit publié, Onze jours [...]

  • RSSArchive de Lectures »

QR Code Business Card
Performance Optimization WordPress Plugins by W3 EDGE